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Le quartier Dunois, un quartier résidentiel préservé - Première partie

15 Décembre 2025, 21:11pm

Publié par Association Sceve

Résumé de la conférence présentée par Anne Bourgeois au FRAC Centre Val de Loire à l'occasion des 20 ans de l'association Sceve

une assistance nombreuse pour écouter Anne Bourgeois

une assistance nombreuse pour écouter Anne Bourgeois

Il est bien difficile de résumer brièvement une conférence de plus d’une heure s’intéressant à 150 ans d’histoire du quartier Dunois.

 En 1875, le quartier Dunois dont nous allons parler correspond à un périmètre de 75 ha délimité par des voies existantes (faubourg St Jean, le mail) ou à créer comme le boulevard de Châteaudun ou le prolongement de la rue de la Gare et les voies ferrées. Actuellement, la mairie et l’association Sceve donnent une autre extension à ce qu’elles nomment le quartier Dunois.

Le quartier Dunois correspond à une opération d’urbanisme permettant une extension de la ville vers l’ouest. Sa réalisation entre 1880 et 1920 va permettre l’expression de plusieurs styles architecturaux qui contribuent à une apparente homogénéité favorisée par une vraie diversité sociale.

le plan de 1876 avec le bd de Châteaudun, les rues de Coulmiers et de Patay, la place Dunois

le plan de 1876 avec le bd de Châteaudun, les rues de Coulmiers et de Patay, la place Dunois

Le plan adopté en 1876 permet aux établissements militaires d’être reliés à la gare. Il conserve des chemins existants qui correspondent aux rues de Lahire, Guillaume de Lorris ou des Hauts Champs. Une place est prévue mais elle ne se trouve pas au centre du quartier.

Cette trame ne correspond pas à un quadrillage. Elle sera complétée par les voies de desserte des lotissements dont les premières réalisations débutent en 1882 sur des parcelles en culture de vigne fréquemment. Pour obtenir l’autorisation de créer un lotissement, les promoteurs doivent abandonner l’assise foncière des voies à la commune ; celle-ci négocie aussi la largeur des voies et la prise en charge des coûts de réalisation. Elle impose aussi l’aménagement de pans coupés pour les immeubles situés aux carrefours.

Les lotissements

L’opération du quartier Dunois va se réaliser rapidement car il permet de satisfaire les besoins de plusieurs clientèles : une population aisée qui cherche des habitations mieux adaptées à son mode de vie et des classes populaires qui cherchent des habitations plus saines.

De 1880 à 1910, 22 lotissements vont être réalisés. Certains sont créés par des chefs d’entreprise orléanais qui veulent proposer des logements dignes aux ouvriers afin de protéger leur santé physique et morale. On citera les frères Daudier, MM Delagrange et Brossard fabricants de tissus et de couvertures.

Trois opérations sont citées dans la conférence : deux lotissements ouvriers - la Cité des fleurs et le lotissement concerté de la Société immobilière d’Orléans (n° 3) - et le lotissement Daudier rue du Commandant Arago et rue de Chanzy identifié comme bourgeois.

Le lotissement Daudier, rue du commandant Arago ; la mairie impose la largeur des rues et exige une architecture de qualité en raison de la proximité avec le vieil Orléans.

Le lotissement Daudier, rue du commandant Arago ; la mairie impose la largeur des rues et exige une architecture de qualité en raison de la proximité avec le vieil Orléans.

Dans les lotissements bourgeois, les constructions vont avoir une façade sur rue importante, plusieurs niveaux aménagés et bien souvent une porte cochère. Les façades vont être décorées par l’utilisation des tours de fenêtre en pierre de taille, l’usage des briques pour créer des motifs décoratifs et les garde-corps métalliques. À l’arrière des bâtiments, des parcs sont aménagés avec des arbres de haute taille. Étant donné la qualité des réalisations, architectes et entrepreneurs vont y installer leurs bureaux et leur habitation. Une partie de la fonction publique va faire construire et les militaires pourront enfin se loger.

Dans les lotissements ouvriers, les immeubles sont de plus petite taille. Le modèle de la maison est dominant et ces petites maisons abritent souvent deux familles. Les façades sont généralement crépies et alignées. À l’arrière, une courette ou un jardin sont aménagés. Parmi les habitants, on trouve beaucoup de cheminots, d’ouvriers qualifiés et d’artisans.

Les autres lotissements comprennent des immeubles de rapport à 3 niveaux et des « maisons en bande ». Les constructions sont implantées à l’alignement et la taille des parcelles permet de ménager un espace naturel. Les façades sont couvertes d’un crépi ou de briques et les tours de fenêtre peuvent être soulignés par des briques. Les garde-corps métalliques ou en bois sont présent à tous les étages.

La Cité des fleurs est à l’origine de la rue de l’Immobilière et le lotissement concerté de la Société immobilière d’Orléans (n° 3) a permis la création des rues de la Concorde et de Gaucourt. Il faut noter que dans ce lotissement, une place est faite aux commerces et aux services nécessaires à la vie quotidienne des habitants.

Rue de la Concorde – photo Sceve JLc

Rue de la Concorde – photo Sceve JLc

La mixité sociale dans le quartier est effective dès les premières constructions. Les habitations ouvrières vont se trouver plus nombreuses au nord de la rue de Coulmiers tandis que les lotissements destinés aux familles plus aisées seront construits plus près du mail. Les hôtels particuliers sont observables rue Girodet, rue Eudoxe Marcille, rue de Chanzy et rue Xaintrailles.

Ces distinctions entraînent des variations stylistiques mais elles contribuent aussi à créer une homogénéité des ambiances de rue car la distinction architecturale s’opère au sein d’un lotissement et pas au niveau de la rue.

La rue Xaintrailles en est un bon exemple avec ses différents types d’habitat – hôtels particuliers, petits immeubles, maisons étroites, entreprises artisanales.

Initié en 1880, l’aménagement du quartier va favoriser la manifestation de plusieurs styles d’architecture visibles dans le quartier. L’Art nouveau a inspiré les façades de la villa Amélie rue Eudoxe Marcille, l’Art déco celles de la rue Pasteur ou de la rue de Patay et le style éclectique s’exprime rue de Chanzy et rue Xaintrailles.

la Villa Amélie - rue Eudoxe Marcille - et l'immeuble de style éclectique de la rue Xaintrailles - photos Sceve JLc
la Villa Amélie - rue Eudoxe Marcille - et l'immeuble de style éclectique de la rue Xaintrailles - photos Sceve JLc

la Villa Amélie - rue Eudoxe Marcille - et l'immeuble de style éclectique de la rue Xaintrailles - photos Sceve JLc

Les activités économiques

L’industrie est présente dans le quartier avant 1870 avec notamment deux entreprises textiles situées rue des Murlins, les établissement Louis Boyard et l’entreprise Daudier. Celle-ci disparaîtra en 1883. Ses propriétaires créeront la lotissement rues du commandant Arago et rue de Chanzy.

La présence de la gare incite les commerçants d’Orléans à créer les « Magasins généraux » rue de la Gare et une extension de l’activité vinaigrière a lieu rue Caban à proximité de producteurs de bières et de boissons gazeuses.

Le développement de l’industrie mécanique et métallurgique se traduit par l’installation des entreprises Rivierre et Casalis rue de Coulmiers et Guillot-Pelletier au 33-35 rue de la Gare. La conférencière signale également que Monsieur Delaugère – créateur des usines Delaugère situées dans le quartier Madeleine) habitait dans le quartier Dunois.

sortie des ouvriers de l’usine Guillot-Pelletier 33 rue de la Gare, 1906 – AMO 2Fi 411

sortie des ouvriers de l’usine Guillot-Pelletier 33 rue de la Gare, 1906 – AMO 2Fi 411

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