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Le quartier Dunois, un quartier résidentiel préservé - seconde partie

16 Décembre 2025, 15:58pm

Publié par Association Sceve

 Nous poursuivons la description du quartier dont la réalisation et l'aménagement ont été décidé par les édiles municipaux et mis en oeuvre par des sociétés et des entrepreneurs privés. Notre description s'arrêtera aux années 1920, période à laquelle s'achève la grande période de construction avec pas moins de vingt lotissements et des constructions individuelles qui occupent l'espace laissé libre.

Dans la première partie de l'article, nous allons voir que la vie sociale et culturelle est très vivante. Basé à la caserne Coligny, le 131ème Régiment d'Infanterie, très aimé des Orléanais, participe aussi à la vie du quartier en particulier au moment des défilés et des départs en manoeuvre.

La photo de la médiathèque située place Gambetta illustre les évolutions architecturales au cours du 20ème siècle. L'immeuble s'insère dans la permanence d'équipements culturels dans le quartier Dunois.

Les services du quotidien et les équipements culturels

Les habitants peuvent facilement s’approvisionner dans le quartier si l’on regarde les commerces en 1920 : 35 épiceries, 6 fruiteries, 8 boucheries, 7 boulangeries. Il existe 7 salons de coiffure et 8 cordonneries.

Des médecins et plusieurs cliniques (rue de Chanzy, rue des Murlins) se sont installés en profitant des nouvelles possibilités de construction.

Les écoles ont suivi le développement démographique et l’école normale féminine est installée rue du faubourg Saint Jean. L’enseignement catholique se développe grâce aux constructions rue du faubourg Bannier sur les anciens terrains du monastère des Chartreux.

Les équipements de loisirs sont aussi développés. En 1900, on construit des locaux pour un cirque puis on aménage la construction pour accueillir L’Alhambra au 31 boulevard Rocheplatte. La salle accueille des représentations cinématographiques et du music-hall ainsi que des conférences, des galas, des concerts et des spectacles de bienfaisance.

À une courte distance se trouvait, rue du Maréchal Foch, la salle Loigny utilisée pour des évènements familiaux, des arbres de Noël et des galas de charité. Rue de la Gare, entre la rue de Patay et la rue Antigna, est inaugurée en 1875 la salle du Casino. En 1911, l’immeuble est transformé pour devenir une salle de music-hall.

 

 

 

 

 

l'Alhambra - AMO 2Fi 877 - cliché Louis Lenormand - "la décoration de style mauresque .... enchanta les amateurs"

l'Alhambra - AMO 2Fi 877 - cliché Louis Lenormand - "la décoration de style mauresque .... enchanta les amateurs"

La guerre de 40 et la reconstruction

À cause de la proximité des gares d’Orléans et des Aubrais et la présence d’usines dans l’ouest d’Orléans, les bombes atteignent plusieurs immeubles dans le quartier Dunois. Mais les dégâts n’ont pas l’ampleur des destructions du centre d’Orléans.

Les reconstructions ne se font pas remarquer à quelques exceptions près. L’architecture du quartier conserve sa diversité de styles (Art nouveau, Art déco, Éclectisme), la hauteur des immeubles reste homogène et les matériaux employés sont d’origine locale.

rue Eudoxe Marcille, immeubles en 1944 (Archives départementales 3 FI 566) en en 2025 (photo Sceve JLc)
rue Eudoxe Marcille, immeubles en 1944 (Archives départementales 3 FI 566) en en 2025 (photo Sceve JLc)

rue Eudoxe Marcille, immeubles en 1944 (Archives départementales 3 FI 566) en en 2025 (photo Sceve JLc)

Le quartier évolue à partir des années 50 et reste préservé

La conférence se poursuit avec l’analyse de l’après-guerre.

Dès les années 50, les industries ferment ou quittent le quartier et libèrent du foncier à un moment où sévit une crise du logement et du mal-logement. L’armée revoit aussi ses implantations et vend les sites de la caserne Coligny et le quartier Sonis. Dans le quartier Dunois que nous analysons, le parc aux fourrages est transformé en immeubles d’habitation situés rue de Patay et rue Coulmiers.

L’usage de la voiture connaît un essor rapide ce qui transforme l’usage de la ville : le piéton a moins de liberté de déplacement, les voitures encombrent les rues lors des embouteillages et lorsqu’elles sont stationnées. Les jours de marché Place Dunois, c’est le grand bazar !

Pour réduire le trafic sur le faubourg Bannier, l’avenue de Paris est inaugurée en 1959. Une année avant, les élus peuvent inaugurer un pont à l’ouest du Pont Royal. Il aura fallu attendre presque 15 ans pour que le pont détruit en 1940 soit reconstruit. Malheureusement, ces deux infrastructures favorisent un axe de circulation nord-sud dans le quartier Dunois. De plus, le maintien de la gare sur son site du 19ème siècle a pour effet d’attirer véhicules et personnes dans le quartier. De ce point de vue, rien n’a changé.

Au niveau architectural, les évolutions sont importantes grâce à une nouvelle approche stylistique et aux opportunités offertes par le métal et le béton.

 

 

Jusque dans les années 1990, les terrains libérés vont permettre aux promoteurs privés de construire dans le quartier Dunois. Des immeubles de huit étages et plus sont construits le long de l’avenue de Paris et rue de Patay, place Gambetta sur le site de l’hôtel Saint Aignan, le long du boulevard Rocheplatte et à l’intérieur du quartier le long des rues de Coulmiers, Patay et Ladureau. Les immeubles dépassent la hauteur moyenne des immeubles anciens et s’affranchissent des références à l’architecture existante.

 

bd Rocheplatte, trois immeubles de hauteur et de style architectural différent (photos sceve JLc)

bd Rocheplatte, trois immeubles de hauteur et de style architectural différent (photos sceve JLc)

La conférencière n’accorde pas une attention particulière aux immeubles de cette période. Tout au plus mentionne-t-elle quelques maisons individuelles signalées par Sceve dans le Cahier 7 de la série sur Le quartier Dunois (document non publié).

de gauche à droite : maison de l'architecte Tschumi - rue de Coulmiers, maison rue Étienne Fousset et lotissement rue Hanappier dans la ZAC Sonis (photos Sceve JLc)
de gauche à droite : maison de l'architecte Tschumi - rue de Coulmiers, maison rue Étienne Fousset et lotissement rue Hanappier dans la ZAC Sonis (photos Sceve JLc)
de gauche à droite : maison de l'architecte Tschumi - rue de Coulmiers, maison rue Étienne Fousset et lotissement rue Hanappier dans la ZAC Sonis (photos Sceve JLc)

de gauche à droite : maison de l'architecte Tschumi - rue de Coulmiers, maison rue Étienne Fousset et lotissement rue Hanappier dans la ZAC Sonis (photos Sceve JLc)

Après 1990, la collectivité reprend l’initiative en créant deux ZAC (Zone d’Aménagement Concerté). Ces opérations sont situées à proximité du quartier Dunois ancien et n’ont pas d’incidence sur la trame du quartier Dunois de 1876.

La ZAC Coligny, aménagée entre 2012 et 2016, prévoit 400 logements, une résidence hôtelière, des commerces et 17 500 m2 de bureaux. La ZAC Sonis ne prévoit pas une diversité des fonctions. Elle prévoit 710 logements collectifs et dix lots pour des maisons individuelles.

Conclure en s’appuyant sur le titre de la conférence

Deux expressions utilisées par la conférencière vont orienter notre conclusion : quartier résidentiel et quartier préservé.

Nul doute que le quartier a perdu de sa mixité de fonctions avec la disparition des grands établissements industriels et de certains commerces comme les concessions automobiles de la rue du faubourg Bannier. Avec quelques exceptions, les immeubles de bureaux n’ont pas connu un développement concentré pouvant nuire à la présence continue d’une population sédentaire. Une offre commerciale diversifiée se maintient mais elle se concentre sur les rues importantes et place Dunois. En ce sens, le quartier est devenu résidentiel et il reste recherché.

En 1911, la population du quartier Dunois comptait environ 30 % d’ouvriers (ouvriers du bâtiment, journaliers, cheminots) et une très nombreuse domesticité qui donnait un caractère populaire à certains lotissements et à la place Dunois les jours de marché. Le quartier était aussi très recherché par une partie de la haute fonction publique et par la moyenne bourgeoisie. La conférence n’a pas abordé la composition sociale de la population actuelle du quartier. Celle-ci aurait mis en valeur son évolution notamment à cause de la diminution de certaines composantes passées : les domestiques, les ouvriers et les cheminots.

Le marché place Dunois est aussi un révélateur des évolutions indiquées : le marché était quotidien à sa création en 1885. On y trouvait toutes sortes de denrées alimentaires : beurre, œufs, fromages, volailles, légumes et gibier. Il durait toute la journée. Actuellement, il est hebdomadaire et ouvert une partie de l’après-midi pour tous les types de produits alimentaires frais et une offre d’épicerie italienne rattachée à un commerce de la rue du faubourg Bannier.

 

 

Place Dunois jeudi jour de marché – Sceve-JLc – 1977

Place Dunois jeudi jour de marché – Sceve-JLc – 1977

Pour illustrer le caractère préservé du quartier, la conférence se conclut sur le thème de la présence de la nature en ville, sujet de réflexion pour Sceve depuis 2010.

Cette présence est notée dans les jardins publics gérés par la Ville. Elle est favorisée par la densité de surface végétale conservée dans les lotissements du quartier Dunois historique. La plantation d’arbres d’alignement lors des aménagements récents, la création de mini-espaces verts sur le domaine public et les plantations des particuliers au pied de leur immeuble contribuent aussi à augmenter la présence végétale dans le quartier. En limite du quartier Dunois ancien, le périmètre des venelles accueille de nombreuses espèces sauvages grâce à la diversité de sa végétation qui leur offre « le gîte et le couvert ».

Glycine en fleurs, arbres protégés au PLUM (Plan Local d'Urbanisme Métropolitain) - photos sceve JLc et hérisson photo Maurice Richard-kavalicot
Glycine en fleurs, arbres protégés au PLUM (Plan Local d'Urbanisme Métropolitain) - photos sceve JLc et hérisson photo Maurice Richard-kavalicot
Glycine en fleurs, arbres protégés au PLUM (Plan Local d'Urbanisme Métropolitain) - photos sceve JLc et hérisson photo Maurice Richard-kavalicot

Glycine en fleurs, arbres protégés au PLUM (Plan Local d'Urbanisme Métropolitain) - photos sceve JLc et hérisson photo Maurice Richard-kavalicot

Les comptages et observations de l’association permettent de connaître année après année les espèces d’oiseaux et d’insectes visibles dans les jardins. Nous exprimons des doutes sur la conservation du nombre d’espèces et du nombre d’individus depuis 15 ans.

Ces interrogations convergent avec les inquiétudes des associations nationales qui observent un recul du nombre d’oiseaux et d’insectes. De ce point de vue, le quartier Dunois n’est pas un quartier préservé mais il participe à une ambiance de « ville-jardin » symbole d’une adaptation aux attentes de ses habitants et à une résilience par rapport aux enjeux du changement climatique.

Rédaction Jean-Louis Charleux

15 décembre 2025

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