Quartier Dunois : noms des rues évoquant la Grande Guerre
Sceve a entrepris depuis 2022 une étude du quartier Dunois sous les aspects historique, économique, urbanistique et environnemental. Les données collectées ont permis la réalisation de 10 cahiers thématiques que nous utilisons pour notre communication.
Au mois de mai 2024, l’association a consacré deux articles à l’évocation des noms des rues du quartier Dunois. Ils étaient consacrés aux Compagnons de Jeanne d’Arc. Au lendemain de la défaite de 1871, les édiles orléanais ont pensé favoriser le relèvement moral des Orléanais en faisant référence à Jeanne d’Arc et à sa lutte pour soutenir le roi de France.
Ils n’ont pas oublié les batailles de la guerre de 1870 (Patay, Loigny, Coulmiers), les chefs militaires (Chanzy, Arago) ni la résistance d’une ville comme Châteaudun à l’assaut des troupes prussiennes le 18 octobre 1870. En 1875, le traumatisme de l’invasion par les Bavarois et les Prussiens est encore vif et l’on constate que les élus y sont encore sensibles.
Mais qu’en est-il au lendemain de la Première Guerre Mondiale ? Orléans n’a pas été envahi mais la ville a été profondément marquée par le conflit. En 1919, la réalisation du quartier Dunois est déjà bien avancée. Dans ces conditions, comment faire référence au conflit dans la dénomination des rues ou des places de ce quartier ?
Nous vous proposons de le découvrir dans cet article.
Un nom et une origine à préciser
Commençons par examiner les noms qui peuvent laisser perplexe mais qui n’ont pas de lien avec la première guerre mondiale.
La rue du Parc commence rue des Murlins et se prolonge par la rue de Lahire jusqu’à la rue Xaintrailles et le boulevard Rocheplatte. C’est une très ancienne voie qui se prolongeait jusqu’à la rue des Closiers avant la construction du chemin de fer. Avant la voie ferrée, la rue est tournée vers la rue des Murlins au 19ème siècle. Son nom lui est donné après l’installation du parc d’artillerie du 5ème corps d’armée en 1879-1880.
en 1914, l'ouest orléanais a accueilli la caserne Coligny, le quartier de cavalerie de Sonis, le Quartier Louis Rossat, le Parc d'artillerie et le parc aux fourrages
La rue de la Paix est située entre la rue Eudoxe Marcille et la rue de Patay, deux rues prévues dans le plan du quartier Dunois. Cette rue ancienne s’appelait rue de la Grenouillère en raison de la présence de batraciens dans un étang alimenté par les ruisseaux en provenance de la Forêt d’Orléans. Son nom lui est donné après la guerre en Italie menée par Napoléon III pour soutenir l’unification italienne. La paix évoquée est celle de Villafranca di Verone du 11 juillet 1859 qui met fin à l’engagement de la France dans le conflit sans que le Royaume de Piémont-Sardaigne n’ait atteint ses objectifs.
Des noms évoquant le conflit mondial
Dans le quartier Dunois, quatre noms évoquent la guerre de 14-18. Ils n’ont pu être utilisés qu’en débaptisant des rues existantes.
Le boulevard Alexandre Martin va se trouver amputer de sa section qui va de la gare jusqu’à la place Gambetta. Elle va porter le nom de la bataille de Verdun.
La rue de Loigny s’arrêtera à partir de 1930 à la place Dunois. Son prolongement vers le mail portera le nom du Maréchal Foch (1851-1924). Une plaque sera installée au numéro 5 bis pour rappeler le séjour orléanais de Ferdinand Foch lorsqu’il commandait le 5ème Corps d’Armée de 1906 à 1908.
Le Général Sarrail (1856-1929) a commandé la 3ème armée en 1914 puis le corps expéditionnaire franco-britannique appelé l’Armée d’Orient en 1915. Son nom est attribué en 1932 à la rue des Vaupulents dont les habitants se plaignaient qu’elle était confondue avec la venelle du même nom. La rue relie la rue du Parc et la rue du Maréchal Maunoury.
Le Maréchal Maunoury (1847-1923) prend part à la guerre de 1870 au cours de laquelle il est blessé. En 1914, à l’âge de 67 ans il prend le commandement de la VIème armée et contribue à la première victoire de la Marne en septembre 1914. La rue qui porte son nom va de la rue du Général Sarrail jusqu’à la rue des Hauts Champs.
Un monument déplacé
Le projet de monument de la victoire est proposé par l’artiste statuaire Eugène Charles Malfray et par son frère, l’architecte Charles Malfray en 1922. Il est inauguré en septembre 1924 en présence du Maréchal Joffre.
Le créateur devra modifier son projet suite aux critiques exprimées au sein du Conseil Municipal et des commentaires de la presse et des Orléanais. Le style artistique était-il trop moderne ? On peut le supposer à la lecture des archives. Les commentaires pointent l’absence de référence à la tradition statuaire française et critique l’anatomie du soldat et des femmes sculptées aux coins du monument.
sur le socle du monument, on voit les femmes sculptées dont les formes ont été critiquées car pas assez françaises. La photo en noir et blanc des Archives métropolitaines est datée de 1970. Le second déplacement du monument n'a pas encore eu lieu.
Le monument de la victoire est d’abord implanté au carrefour de la rue de la gare (devenue avenue de Paris) et du boulevard de Verdun. En 1960, la création de l’avenue de Paris entraîne son déplacement d’environ 80 m boulevard de Verdun. Un second déplacement a lieu en 1986-1987 vers l’esplanade du souvenir où il se trouve actuellement.
Une rue qui porte un nom de femme
Après avoir évoqué les modifications de nom de l’après première guerre mondiale, il nous faut signaler une rue nouvelle dans le quartier Sonis qui va porter un nom qui évoque la première guerre mondiale. Faites attention, elle ne porte pas le nom d’un militaire et permet de reconnaître l’action des femmes pendant le conflit.
En limite du quartier Dunois, le quartier Louis Rossat accueille en 1914 le 4ème bataillon de chasseurs cyclistes. Pendant la guerre, un hôpital-dépôt pour les convalescents y est installé puis, à partir de 1918, un hôpital américain.
C’est là que Marie Chassot (1865-1955 environ), femme du colonel qui dirige le 8ème régiment de Chasseurs, va créer des ateliers de reconversion pour les mutilés. Une rue porte son nom dans le quartier Sonis. Elle relie la rue Duvillard et le faubourg Saint Jean.
En regardant au-delà du quartier
Les ponts Georges V et Joffre portent des noms liés à cette guerre.
Il nous sera plus difficile d’évoquer la Seconde Guerre Mondiale avec le nom des rues du quartier Dunois. Il existe une rue du Général Patton percée dans l’îlot de la Râpe. Elle permet de rejoindre la RD 2020 à partir de la rue de la Gare.
Une seconde référence m’est venue : Henri Duvillard dont le nom a été donné à une rue du quartier Sonis. Henri Duvillard (1910-2001) était membre du Réseau Turma-Vengeance. Il sera le chef des Corps francs du Loiret pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Toutes vos remarques, commentaires et suggestions sont les bienvenus à l'adresse
asso.sceve@gmail.com
Rédaction Jean-Louis Charleux
29 novembre 2025
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